Photo Karl Mondon / AFP
Beaucoup dénoncent actuellement la faillite de l’ONU, technostructure décriée pour son coût, incapable d’intervenir dans les conflits les plus meurtriers… Cette critique très orientée, notamment par les Etats-Unis trumpiens qui lui ont coupé les vivres, veut ignorer le fait que la quasi totalité des nations du monde en sont toujours membres, et que cette instance internationale reste le plus important forum mondial où les pays faibles et diverses communautés minoritaires peuvent encore se faire entendre.
Ainsi, le Conseil de la paix créé par Trump en janvier (Trump himself y est nommé à vie…) et qui regrouperait 60 états signataires d’une charte moyennant finances (les membres permanents doivent verser 1 milliard de $) n’est qu’un lieu où s’exprime la suzeraineté trumpienne…
Pour autant, y‑a-t’il une chance pour que l’ONU puisse imposer une régulation de l’IA ? L’exemple de l’AI act (tentative de régulation au niveau européen) incite à la prudence : dans un 1e temps un accord politique avait pu être établi entre diverses ONG (dont l’EDRi, Amnesty…) et le parlement européen qui visait à interdire l’usage biométrique, prédictif de l’IA. Mais l’intervention des États (dont Macron pour la France) a abouti à un texte bien moins protecteur, notamment en multipliant les exceptions. Mais ce texte existe et pourrait permettre une conquête progressive de droits car il garde la même structure. A tel point que l’UE envisage actuellement sa remise en cause par le Digital Omnibus !
Les pistes onusiennes de régulation portent actuellement sur l’interdiction des robots tueurs, sur la protection des enfants… deux sujets qui, déjà, valent le coup ! Reste que nous refusons, avec beaucoup d’autres, l’IA générative, source de pollutions, captation d’eau, d’énergie, et pouvant tuer le désir et la capacité de réflexion…
Plus de vingt pays appellent à une supervision humaine renforcée sur l’IA
Norvège, Finlande, Australie, Canada, Allemagne, Espagne, Irlande, Pays-Bas, Singapour, Afrique du Sud, Kenya… (20 pays au total) ainsi que la Commission européenne, sont signataires d’une déclaration commune publiée le 21 septembre, . Que d’autres (Etats-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Japon, Inde) n’ont pas signé.
“L’Intelligence artificielle doit rester sous la direction, la supervision et le contrôle de l’homme”. Pour eux, les modèles d’IA présentent “de graves risques pour la sûreté et la sécurité” et pourraient dépasser notre capacité à les contrôler (ils citent le cas des agents d’IA qui ont contourné les mesures de sécurité et ont pénétré sur des plateformes dont l’accès leur était interdit [Hugging Face]. Ils appellent à l’adoption de protocoles de sécurité transparents, comprenant notamment des tests obligatoires et des examens indépendants.
Trump s’est, lui, fermement opposé à l’encadrement de l’IA et a au contraire privilégié un dialogue direct avec la Chine pour la mise en place d’un “mécanisme” de dialogue censé dissiper les tensions commerciales, technologiques et stratégiques entre les deux pays.
Mise en place de l’Independent International Scientific Panel on AI
Le comité scientifique international indépendant sur l’IA (Independent International Scientific Panel on AI) a été créé en 2025 et ses 40 membres (indépendants des Etats) sélectionnés en février 2026. Il a pour mission de “faire progresser la compréhension scientifique (de l’IA)” et de nourrir les délibérations de l’ONU.
Plusieurs experts membres de ce comité ont mis en garde contre le discours apocalyptique tenu par des professionnels du secteur quant aux risques de l’IA. “Investir dans la peur n’est pas vraiment efficace”, suite aux déclarations de Jacob Coxon, employé démissionnaire d’Anthropic, passé auparavant par OpenAI. Celui-ci a affirmé début septembre que les développeurs de l’IA croyaient que cette technologie “pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie”.
Ci-dessous synthèse du premier rapport de ce comité scientifique auprès de l’ONU :
Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme appelle à l’action
“J’appelle les États et les entreprises à se mobiliser de toute urgence dans le cadre d’instances multilatérales pour définir une voie d’action visant à encadrer les modèles d’IA de pointe”, avertissant que “tous les droits humains sont menacés” par cette technologie, y compris les droits à la vie et à l’alimentation, à la vie privée, à la santé et à la sécurité.
Il déplore qu’actuellement “nous dépendons presque entièrement d’un petit nombre d’entreprises puissantes pour opérer les bons choix en matière de développement de l’IA pour l’ensemble de l’humanité”.
Il s’inquiète de l’émergence d’une intelligence artificielle dite “agentique” – capable d’agir de manière autonome pour accomplir des tâches et atteindre des objectifs. “Des défaillances impliquant ces systèmes pourraient paralyser des services essentiels, interrompre les communications, déstabiliser des infrastructures critiques et porter atteinte au cœur même des institutions démocratiques”. “Des populations entières pourraient se retrouver privées d’eau potable, de chauffage et de services financiers”.
Les enfants en première ligne
Pour António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, la priorité absolue d’un futur accord international doit être la protection des enfants. Il appelle les États à adopter un “engagement mondial pour la sécurité des enfants face à l’intelligence artificielle”. Il prévoit notamment d’interdire la mise à disposition d’outils accessibles aux mineurs sans évaluation indépendante de leur sécurité, d’imposer une tolérance zéro envers les contenus pédocriminels générés par l’IA et d’obliger les systèmes à orienter vers une assistance humaine lorsqu’un enfant manifeste des signes de détresse.
“Aucun enfant ne devrait servir de cobaye pour une intelligence artificielle non réglementée”. “Nous n’autorisons pas un médicament à être administré à un enfant tant que sa sécurité n’a pas été démontrée. Nous testons chaque jouet. Pourtant, l’IA est déjà entrée dans la vie de nos enfants – dans leur apprentissage, leurs amitiés, leurs interrogations les plus intimes – avant même que quiconque ne se demande quels effets elle pourrait avoir sur eux”.
La présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock, a également mis en garde contre les dérives déjà observées. Citant des études récentes, elle a rappelé que 99 % des “deepfakes” ou hypertrucages diffusés sur Internet sont de nature sexuelle et que 96 % visent des femmes ou des filles.
