Passe sanitaire, on ne va pas se laisser faire !

Ça y est le gou­verne­ment a réus­si son coup ! Depuis le 9 août le passe san­i­taire s’est imposé partout en France, en dépit des ten­ta­tives d’oppositions de la Quad­ra­ture du Net, des nom­breuses cri­tiques de juristes, de syn­di­cats, d’associations et de mem­bres de la com­mu­nauté médi­cale, et surtout des énormes man­i­fes­ta­tions qui se sont déroulées ces dernières semaines en pleine péri­ode esti­vale. En tant que col­lec­tif, nous nous opposons résol­u­ment à ce passe.

Un système discriminatoire

En pre­mier lieu, il faut not­er que tout le monde ne pos­sède pas un smart­phone : seule­ment 77% de la pop­u­la­tion française en pos­sède un et cette pro­por­tion baisse à 44% pour les per­son­nes de plus de 70 ans (1). Autant de per­son­nes qui ne pour­ront pas accéder au car­net de san­té numérique, ni scan­ner les QR codes des restau­rants.

De plus, comme l’a relevé la Quad­ra­ture du Net dans cet arti­cle (2) beau­coup de per­son­nes ne savent pas for­cé­ment activ­er le Blue­tooth et cer­taines refusent de le main­tenir activé en per­ma­nence pour des raisons pra­tiques (bat­terie), pour se pro­téger d’usages malveil­lants, ou bien encore pour des raisons de san­té (ondes). Le passe san­i­taire est donc un out­il pro­fondé­ment dis­crim­i­na­toire dès le départ.

Man­i­fes­ta­tion du 31 juil­let 2021 à Saint-Éti­enne, pho­to Résis­tance verte

Bien sûr, il reste la solu­tion papi­er, mais tout comme avec l’application, on s’expose alors à une dés-anonymi­sa­tion de nos don­nées de san­té…

Une dés-anonymisation des données de santé

Comme l’a stip­ulé la Quad­ra­ture du Net dans cet arti­cle (3), la lec­ture du code en 2D per­met à n’importe qui d’accéder à des don­nées de san­té très sen­si­bles mais par­faite­ment inutiles au fonc­tion­nement du passe comme : la date de prise du vac­cin, le nom du vac­cin, la con­trac­tion passée de la mal­adie…

Autant de don­nées qui prof­iteront aus­si aux GAFAM ! Et cela que ce soit en ver­sion numérique ou papi­er. C’est con­traire aux droits de la san­té : celui imposant le secret médi­cal, la “min­imi­sa­tion” des don­nées col­lec­tées et l’in­ter­dic­tion de leur com­mer­cial­i­sa­tion.

Comme l’a noté le Syn­di­cat de la Médecine Générale en mai 2020, « Soign­er n’est pas fich­er ! » et pour­tant le secret médi­cal n’a jamais été aus­si mis à mal que pen­dant cette péri­ode covid. Cela a com­mencé avec l’obligation pour les médecins de trans­met­tre les don­nées per­son­nelles de leurs patients ayant con­tac­té le covid, ain­si que celles de leurs con­tacts, à la plate-forme « Con­tact-Covid », cela a ensuite con­tin­ué avec « Stop-covid » et cela revient main­tenant avec le passe san­i­taire.

Bien­v­enue dans le mer­veilleux monde du trac­ing !

« Pour d’autres mal­adies infec­tieuses, telles que le VIH ou les hépatites, quand des per­son­nes sont testées pos­i­tives, on ne leur demande pas les noms et adress­es de leurs con­tacts. D’ailleurs, on ne le fait pour aucune mal­adie con­tagieuse à déc­la­ra­tion oblig­a­toire (comme la tuber­cu­lose ou la ménin­gite). Quand des patients en sont atteints on leur demande de le dire à leurs proches, et nous savons que ça marche » (Mathilde Bour­si­er, médecin, 7 mai 2020 Bas­ta­m­ag (4)).

Cela dit cette fuite des don­nées de san­té ne date pas seule­ment de l’année dernière. Pour la san­té, c’est le pro­jet macronien du “health data hub”, qui voit des pans entiers de nos don­nées de san­té col­lec­tées par les hôpi­taux publics, la sécu­rité sociale, bas­culer vers un ges­tion­naire privé, Microsoft.

Mais d’autres peu­vent aus­si y avoir accès : Doc­tolib (hébergé sur les serveurs d’A­ma­zon), Google (qui récupère plus de 90% des don­nées qui tran­si­tent par les smart­phones, à ce sujet : il faut lire le livre de Soshana Zuboff « L’âge du cap­i­tal­isme de sur­veil­lance »).

Aujourd’hui plus que jamais nous devons nous bat­tre pour regag­n­er notre droit à l’anonymat et à la vie privée !

Un outil de contrôle sécuritaire

Au delà de la ques­tion des fuites de don­nées, le passe san­i­taire est égale­ment un nou­v­el out­il coerci­tif au ser­vice de la société de sur­veil­lance général­isée con­tre laque­lle nous nous bat­tons. Par le biais de sanc­tions économiques, le passe entraîne de fait une oblig­a­tion vac­ci­nale non con­sen­tie chez une par­tie de la pop­u­la­tion, en même temps qu’un pas­sage en force à la numéri­sa­tion, ce qui est anti­dé­moc­ra­tique !

On est bien loin ici des con­sid­éra­tions éthiques de Jonathan Mann, qui soulig­nait, il y a plus de vingt ans, le car­ac­tère indis­so­cia­ble des pra­tiques de san­té publique et de l’action pour la défense des droits de la per­son­ne.

Man­i­fes­ta­tion du 14 août 2021 à Saint-Éti­enne, pho­to Résis­tance verte

En effet pour les dis­si­dents refu­sant ce flicage numérique, adieu les restos et les ciné­mas, même en plein air, même avec des masques et des gestes bar­rières ! Adieu aus­si et surtout le boulot et les indem­nités, pour tous les salariés inca­pables ou ne souhai­tant pas présen­ter un QR code pour entr­er dans le monde mer­veilleux du « tous con­nec­tés, tous fliqués » !

Désor­mais nous avons franchi un nou­veau pal­li­er, en entrant dans une société de l’autosurveillance général­isée, un monde où des citoyens lamb­das peu­vent con­trôler leurs sem­blables, les sig­naler et les sanc­tion­ner (voir le livre de Vanes­sa Codac­cioni « Auto­sur­veil­lance, déla­tion et haines sécu­ri­taires » ). Comme un relent de 40.

Si cer­tains citoyens refusent cette société du con­trôle et de la déla­tion et préfèrent pra­ti­quer la résis­tance (5), d’autres s’y jet­tent avec joie (6).

La Tav­erne du Gob­elin Far­ci, Saint-Éti­enne, le 07/08/2021, pho­to de Lin­da Roux

Une sin­istre impli­ca­tion des indi­vidus et acteurs privés qui fait égale­ment écho à cer­taines mesures de la loi sécu­rité glob­ale, qui ont octroyé des moyens démesurés aux ser­vices de sécu­rités privés, afin que ceux-ci puis­sent se sub­stituer aux forces de police dans un cer­tain nom­bre de procé­dures de con­trôle…

Une ges­tion autori­taire n’est en rien une stratégie san­i­taire. Depuis le début de cette crise, le gou­verne­ment prend des mesures s’inscrivant plus dans le reg­istre mil­i­taire que sci­en­tifique. Les accepter sans bronch­er, c’est empêch­er toute analyse et tout espoir d’une prise en charge col­lec­tive rationnelle et démoc­ra­tique de la pandémie (voir à ce pro­pos l’analyse de Bar­bara Stiegler dans Reporterre (7)).

Un terrain d’expérimentation pour la surveillance de masse

Sous cou­vert du covid, on a pu voir ces derniers mois se déploy­er des dis­posi­tifs de sur­veil­lance expéri­men­taux à grande échelle, comme les caméras ther­miques à l’aéroport et à l’entrée des hôpi­taux, ou encore la recon­nais­sance faciale (expéri­men­tée dans cer­tains trans­ports en com­mun pour véri­fi­er le port du masque).

Des dis­posi­tifs déjà présents en Chine mais qui ont prof­ité de la pandémie pour s’exporter et se déploy­er chez nous. Lorsqu’on par­le du passe, il ne faut pas oubli­er ce con­texte glob­ale, car c’est la même poli­tique qui est à l’oeuvre.

Il est en effet plus que prob­a­ble que ce passe serve lui aus­si de test expéri­men­tal, car, comme l’explique la Quad­ra­ture du Net dans le dernier arti­cle men­tion­né, les nou­velles cartes d’identité qui sont mis­es sur le marché com­por­tent le même code en deux dimen­sions qui est util­isé pour le pass san­i­taire.

Un nou­veau sys­tème qui « facilit­era le traçage con­stant et à une grande échelle de toute per­son­ne présen­tant sa carte d’identité ».

« Si, à l’heure actuelle, le passe san­i­taire per­met déjà et très facile­ment la con­sti­tu­tion de fichiers illicites de don­nées per­son­nelles, la sit­u­a­tion pour­rait très vite s’aggraver s’agissant des futures cartes d’identité. En facil­i­tant le con­trôle d’identité (il suf­fit de scan­ner un code 2D, n’importe qui peut le faire avec un smart­phone) on peut s’attendre à des con­trôles d’identité de plus en plus numérisés et nom­breux, de la part de la police (en entrée de man­i­fes­ta­tion ou en cités) comme des ser­vices de sécu­rité privée (dis­cothèques, fes­ti­vals, trans­ports, hôtels…). » (La Quad­ra­ture du Net)

Le passe san­i­taire est donc un out­il au ser­vice de la sur­veil­lance de masse, sur­veil­lance dont les pre­mières cibles se trou­vent chez les mil­i­tants (à ce sujet voir cette inter­view d’Arthur Mes­saud, juriste à la Quad­ra­ture du Net, sur la loi ren­seigne­ment (8)).

De manière générale, si cer­taines formes de sur­veil­lance sont assez vis­i­bles (vidéo­sur­veil­lance, drones), il est impor­tant de ne pas nég­liger ses autres formes plus insi­dieuses (comme les appli­ca­tions de smart­phones util­isant la recon­nais­sance faciale, ou les comp­teurs Linky util­isés pour véri­fi­er la domi­cil­i­a­tion des chômeurs (9)).

Le passe se situe à la fron­tière, à la fois insi­dieux pour ceux qui l’acceptent sous forme d’application et vio­lent pour celles et ceux qu’il exclue. Mais il est impor­tant de ne pas nous y soumet­tre !

Non seule­ment au nom de toutes celles et tous ceux qu’il oblige à vivre en parias, mais aus­si parce qu’à l’instar des appli­ca­tions ou des comp­teurs, il nous habitue pro­gres­sive­ment à un monde ultra con­nec­té, dont on n’a de cesse de nous van­ter les mérites, sans jamais nous par­ler du prix à pay­er.

Man­i­fes­ta­tion du 24 juil­let 2021 à Nantes, pho­to de Nantes ré­voltée

« Un jour, des petits malins de la Start­up nation trou­veront ça cool et van­teront les avan­tages de leur nou­velle vie con­nec­tée, du temps gag­né… Le milieu des starts ups organ­ise déjà des hap­pen­ings d’auto-puçage. Peu à peu mobil­isée à coup d’incitations « nudge », la masse suiv­ra. Bien­tôt les réfrac­taires ver­ront des accès se fer­mer , comme cela com­mence déjà à être le cas pour les non-pos­sesseurs de télé­phones « smart » (No Pass-aran, tri­bune sur le blog de medi­a­part (10))

Le passe san­i­taire est donc un out­il numérique au ser­vice de la société de con­trôle et de la sur­veil­lance de masse et s’inscrit à ce titre dans la con­ti­nu­ité de la loi sécu­rité glob­ale, de la loi séparatisme, de la loi ren­seigne­ment et de toutes les autres lois lib­er­ti­cides qui les ont précédées et qui ont par­ticipé à la con­struc­tion de cette société sécu­ri­taire que nous con­nais­sons main­tenant et qui se ren­force un peu plus à chaque état d’urgence.

Lut­ter con­tre le passe, c’est donc lut­ter con­tre l’ensemble !

Notre appel à résister !

C’est pour toutes ces raisons que notre col­lec­tif a signé ce man­i­feste aux côtés de STOP Linky 5G Loire et de beau­coup d’autres organ­i­sa­tions : https://www.robindestoits.org/attachment/2184861/

Aujourd’hui énor­mé­ment de monde man­i­feste dans les rues, y com­pris ici à Saint-Éti­enne ! Il s’agit du pre­mier mou­ve­ment d’am­pleur qui con­teste la numéri­sa­tion de nos vies. Nous appelons donc tout le monde à se ren­dre aux man­i­fes­ta­tions et à par­ticiper aux actions organ­isées un peu partout con­tre le passe san­i­taire : grèves, boy­cott des QR codes, refus d’appliquer les con­trôles, “ter­rass­es sauvages“ tout est bon !

Man­i­fes­ta­tion du 31 juil­let 2021 à Saint-Éti­enne, pho­to du Gueu­loir

Faisons vivre la résis­tance !

Notes

(1) https://www.economie.gouv.fr/files/files/directions_services/cge/barometre-numerique-2019.pdf

(2) https://www.laquadrature.net/2020/04/14/nos-arguments-pour-rejeter-stopcovid/

(3) https://www.laquadrature.net/2021/06/09/passe-sanitaire-attaquons-lobligation-didentification/

(4) https://www.bastamag.net/contact-Covid-pistage-fichage-medecins-generalistes-secret-medical-brigade-enqueteur

(5) https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/pass-sanitaire-des-gerants-de-bistrots-bretons-s-y-opposent-1628086302

(6) https://www.ladepeche.fr/2021/08/03/pass-sanitaire-en-vendee-des-retraites-benevoles-appeles-en-renfort-pour-controler-les-clients-a-lentree-des-restaurants-9711686.php

(7) https://reporterre.net/Le-passe-sanitaire-un-pas-de-plus-dans-l-autoritarisme-et-la-societe-du-controle 

(8) https://youtu.be/hdlYaS7nIgA

(9) https://blogs.mediapart.fr/yann-gaudin/blog/080421/controles-de-residence-linky-est-bavard

(10) https://blogs.mediapart.fr/no-pass-aran/blog/030821/no-pass-aran

8 réponses sur « Passe sanitaire, on ne va pas se laisser faire ! »

Bra­vo pour ce bel arti­cle clair et édi­fi­ant. La société de sur­veil­lance et à deux vitesses “vac­cinés” et (for­cé­ment) anti­vac (qu’on fait volon­tiers pass­er pour poli­tisés alors que juste­ment, on est de tous les bor­ds ! Depuis ma Bre­tagne je suis heureuse de voir que mes chers Stéphanois résis­tent encore et tou­jours et défend­ent leurs valeurs ! Mer­ci de votre engage­ment